DVDFr | L’Abominable Dr. Phibes : le test complet du Blu-ray


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Un classique à la fois baroque et cruel du cinéma
fantastique anglais des années 1970.

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Londres, vers 1925 : des médecins sont mystérieusement
assassinés et les meurtres, exécutés avec la complicité d’une
belle jeune femme brune et une cruauté raffinée, s’inspirent
des dix plaies bibliques d’Égypte. L’enquête de police,
laborieuse, mène pourtant au docteur Anton Phibes – médecin,
théologien et accessoirement organiste – dont l’épouse mourut
durant une opération chirurgicale. Certes déclaré mort car
brûlé vif dans un accident de voiture, un inspecteur se
persuade bientôt que Phibes pourrait bien être non seulement
toujours vivant mais encore déterminé à venger le décès de son
épouse au moyen de ces meurtres atroces, méthodiquement
planifiés, impitoyablement exécutés.

L’Abominable docteur Phibes (USA-GB 1971) de Robert
Fuest est l’un des derniers très grands rôles fantastiques de
l’acteur Vincent Price, un des acteurs majeurs de l’histoire
du cinéma fantastique. La grande qualité de sa prestation –
héritière directe des rôles qu’il avait tenus pour André
DeToth en 1953, pour John Brahm en 1954, pour William Castle
en 1958 dans des films où la terreur était provoquée par une
mise en scène à l’esthétisme concerté : cette série culminera
d’ailleurs deux plus tard avec le shakespearien
Théâtre de sang (GB 1973) de Douglas Hickcox bien
davantage qu’avec Le Retour de l’abominable Dr. Phibes (Phibes
Rises Again
, GB 1972) de Robert Fuest, suite très
décevante et inutile – ne doit cependant pas éclipser les
autres qualités du film. Il est assez typique de ce que
produisait, au tournant de 1970, la firme American
International Pictures de Samuel Z. Arkoff et James H.
Nicholson, producteurs qui avaient construit en 1960 leur
réputation esthétique et financière sur le succès de la série
Edgar Poe réalisée (et coproduite) par le grand cinéaste Roger
Corman. En 1970, Arkoff et Nicholson s’intéressaient au
mélange des genres, aux alliages stylistiques, aux cocktails
thématiques : L’Abominable docteur Phibes est
exemplaire d’un produit A.I.P. séduisant à la fois le public
populaire et le public intellectuel sans oublier les
cinéphiles du genre.

L'Abominable Dr. Phibes

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D’abord en raison de son scénario (que Fuest réécrivit en
grande partie mais sans en être crédité) qui est à la fois
référentiel (son thème, celui du monstre amoureux, est le
thème majeur de l’âge d’or américain du genre de 1931 à 1945;
les assassinats s’inspirent des classiques plaies bibliques)
et original (sa structure narrative en forme de puzzle composé
de brèves séquences, son ironie glacée, son romantisme, son
symbolisme nourrissent une action au suspense savamment dosé
sans jamais l’étouffer).

Ensuite, à cause de son casting à la fois novateur
(Virginia North dans son premier et dernier grand rôle
quasiment muet, Caroline Munro dont les photographies non
moins muettes ponctuent l’histoire d’une manière obsédante) et
s’appuyant sur des valeurs éprouvées (Susan Travers qui avait
joué Lorraine la modèle défigurée dans Le Voyeur en
1960, Joseph Cotten, Hugh Griffith, Terry-Thomas). Il faut
savoir, concernant le personnage de Vulnavia, qu’à l’origine
le scénario de James Whitton et William Goldstein prévoyait
qu’elle était un automate (actionné au moyen d’une clé
installée à la base de son cou) et non pas un être humain.
Elle ne différait pas des musiciens automates composant le
spectaculaire orchestre privé de Phibes. Robert Fuest estima
qu’il valait mieux qu’elle fût humaine mais retint néanmoins
l’idée de base en la modifiant : Vulnavia est mystérieusement
inexpressive, apparemment sans émotion; elle accomplit la
plupart de ses gestes d’une manière presque automatique. On
pourrait dire aujourd’hui que Vulnavia a quelque chose de
transhumaniste.

L'Abominable Dr. Phibes

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Enfin pour sa mise en scène sophistiquée – parfois
peut-être un peu trop : elle frôle alors le formalisme – qui
rend régulièrement hommage au cinéma muet (à la version 1925
du Le Fantôme de l’Opéra, au premier chef et
cela, dès la séquence d’ouverture) mais qui sait aussi, à
l’occasion, exploiter les techniques de la télévision dont
Fuest était un réalisateur expérimenté. Robert Fuest
(1927-2012) avait, en effet, accompagné dès sa naissance en
1961, en tant que directeur artistique, la série TV
Chapeau melon et bottes de cuir (The Avengers)
et on l’y retrouve encore filmographiquement impliqué en
1976.

Dans la filmographie fantastique sélective de Fuest, il
faut tenir L’Abominable docteur Phibes pour une
réussite novatrice ayant dorénavant rang de classique. Ses
deux autres contributions directes au genre sont, dans la
catégorie science-fiction, Les Décimales du futur
(The Final Programme / Last Days of Man on
Earth
, GB 1973) et, dans la catégorie horreur et
épouvante, La Pluie du diable (USA-Mex. 1975).

L'Abominable Dr. Phibes

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1 mediabook combo collector Blu-ray + DVD + livret, édité
par ESC le 16 septembre 2020, collection British Terrors.
Image couleurs au format original 1.85 nominal compatible
16/9. Son DTS-HD Master Audio 2.0 VISTF, VASTF et VF. Durée du
film sur BRD : 94 min. environ. Suppléments : présentation de
la collection British Terror (quelques images des productions
Amicus et des productions Hammer films, montrées avant
d’accéder au menu principal) + présentation du film par Pascal
Françaix (52 min. environ) + livret 16 pages de Marc
Toullec.

Livret 16 pages de Marc Toullec : bel objet
(notamment illustré de la plus célèbre photo publicitaire du
film, visible en bas de sa page 10, en N&B mais qui, comme
souvent, n’apparaît pas dans la continuité filmée) qui semble
souscrire d’emblée, dès sa première ligne, à l’affirmation
publicitaire du distributeur de 1971 qui affirmait que c’était
le centième film tourné par Vincent Price. En réalité, si j’ai
bien compté (en excluant du décompte les séries TV et les
courts-métrages ainsi que les longs-métrages dans lesquels
Price n’a prêté que sa voix) sa filmographie complète,
L’Abominable docteur Phibes est seulement son
quatre-vingtième film de long-métrage, en tout cas
certainement pas son centième. Très utiles précisions sur les
contributions de Brian Clemens et Albert Fenell
(respectivement au scénario et à l’organisation du tournage),
sur la musique apportée par Fuest sur le plateau pendant les
scènes muettes de Price et North, lui conférant une allure
d’opéra durant ces séquences, ainsi que Price le remarqua.
Aucun jeu complet reproduit mais belle sélection de photos de
plateau et de photos d’exploitation (N&B+ couleurs visibles
page 13), sans oublier de belles affiches, notamment une
italienne assez étonnante.

L'Abominable Dr. Phibes

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Présentation par Pascal Françaix (durée 52
min. environ) : illustrée par des extraits du film, des
affiches et quelques photos de plateau et d’exploitation, elle
témoigne d’une longue fréquentation du titre, amoureusement
disséqué. Pascal Françaix le replace méticuleusement dans le
cadre de l’histoire du cinéma fantastique, dans celui de la
filmographie de l’acteur Vincent Price, du cinéaste Robert
Fuest, de la firme de production AIP américaine (aussi active
en Angleterre). Il brosse attentivement les étapes clés du
titre : la genèse de sa production, son tournage, son casting,
sa distribution commerciale et sa publicité, sa réception
critique, sa postérité thématique. Bien sûr tout cela fait un
peu double-emploi avec le livret mais Françaix apporte dans la
dernière partie un éclairage sociologique original.

Quelques corrections ou additions factuelles que j’émets en
passant : si le film fut présenté à la Première convention du
cinéma fantastique, alors ce n’est pas à Paris qu’il le fut
mais à Nanterre au Théâtre des Amandiers en mai 1972. Ce n’est
qu’ensuite que la Convention s’établit à Paris, au Palace
d’abord, au Palais des Congrès ensuite, au Rex enfin.

Les producteurs avaient certes songé à Peter Cushing mais,
selon certaines sources, pas pour le rôle de Phibes mais pour
celui tenu par Joseph Cotten (confirmé par le livret de Marc
Toullec). La raison pour laquelle Cushing refusa est bien
celle fournie par Françaix qui regrette cette rencontre
manquée. Je crois devoir lui rappeler (je suis certain qu’il
le savait mais que la mémoire lui a momentanément fait défaut
: c’est donc pour le lecteur novice que je crois devoir
préciser cela) qu’elle avait déjà eu lieu l’année précédente
dans Lâchez les monstres (Scream and Scream
Again
, GB 1970) de Gordon Hessler, premier titre
réunissant Vincent Price, Christopher Lee et Peter
Cushing.

Fuest fut effectivement impliqué dans la série
Chapeau melon et bottes de cuir mais il ne réalisa
pas, je crois, d’épisodes avec Diana Rigg : il signa des
épisodes avec Linda Thorson. Or ce sont des photos montrant
Diana Rigg qui illustrent le moment où Pascal Françaix
mentionne cette implication. J’aurais plutôt sélectionné des
photos montrant Linda Thorson (bien que je préfère Diana Rigg,
rapportée à l’ensemble de la série et d’un pur point de vue
plastique, par rapport aux autres compagnes de John
Steed).

L'Abominable Dr. Phibes

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L’audition de la mélodie Over the Rainbow n’est pas
le seul anachronisme du scénario : l’avion De Havilland
utilisé pour l’un des meurtres n’existait pas encore en 1925,
année où se situe l’action : il n’apparaît que dix ans plus
tard, en 1935-1936.

Un aspect intéressant assez longuement développé en
dernière partie par Françaix : les aspects éventuellement
« queer » du titre lui permettant de devenir objet culturel
revendiqué comme tel par certains critiques anglo-saxons.
C’est une idée occidentale (elle remonte au dix-septième
siècle) qu’une oeuvre d’art puisse être revendiquée par une
communauté : la visée d’une oeuvre d’art est pourtant, en tant
précisément qu’elle est une oeuvre d’art, fondamentalement
universelle. En 1971 cet aspect allusif (qu’on croit y voir
aujourd’hui, plus exactement) était totalement absent de
l’esprit du grand public et seuls, peut-être, quelques
critiques y furent sensibles mais sans le mentionner, du moins
si ma mémoire est bonne. C’est un exemple d’une sorte de
sociologie rétrospective du cinéma qui est – je n’en
disconviens certes pas – une réalité avérée (ce titre est en
effet bel et bien revendiqué aujourd’hui comme tel par
certains et Françaix justifie assez bien cette revendication
par une analyse très attentive du fond comme de la forme du
film) mais une réalité historique rétrospectivement rapportée
qui n’appartient peut-être pas vraiment à l’essence du film :
il se défend très bien tout seul, sans elle, encore
aujourd’hui et tient tout seul sur ses jambes sans avoir
besoin de ce genre de béquilles, si j’ose dire. Reste que cet
aspect est savoureux et méritait cependant d’être évoqué,
complétant ainsi le livret de Toullec qui n’en parle pas du
tout.

Excellentes remarques (elles sont les héritières
intelligentes de la notice remarquable écrite par Jean-Marie
Sabatier sur Price en 1973) sur la relation entre le comédien
Vincent Price et le masque comme constitutif de son véritable
visage, sorte de ligne rouge courant dans sa filmographie de
1953 à 1971. Intéressante remarque historique sur la
désaffection de Price pour la série Edgar Poe distribuée par
AIP en 1960-1964 et qui l’avait pourtant rendu réellement
célèbre. Je partage les réserves émises par Françaix sur
Le Retour de l’abominable Dr. Phibes que je tenais en piètre
estime au moment de sa sortie en exclusivité tandis que je
partage absolument son enthousiasme sur le shakespearien
Théâtre de sang, effectivement influencé par le
titre 1971 de Fuest mais dans lequel Hickox renouvelle
néanmoins la donne d’une manière éblouissante.

Bonne édition spéciale : le cinéphile anglophone souhaitant
visionner une édition collector pourra se tourner, pour sa
part, vers l’édition américaine Blu-ray Shout Factory sortie
en 2012 dans la collection Vincent Price, munie d’un
commentaire audio du cinéaste Robert Fuest, d’un second
commentaire audio historique et critique de J. Humphreys,
d’une ample galerie affiches et photos, etc.

L'Abominable Dr. Phibes

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Full HD 1080p au format large original 1.85, en couleurs et
compatible 16/9. Copie argentique en bon état général.
Quelques poussières négatives et une ou deux brûlures, qui se
comptent sur les doigts d’une main, mais pour le reste, le
spectre colorimétrique et la définition restituent bien la
photographie baroque originale. C’est désormais l’édition
française de référence en haute définition.

DTS-HD Master Audio 2.0 mono en VOSTF et VF d’époque. Offre
nécessaire et suffisante pour le cinéphile francophone.
Concernant la VF d’époque, un panneau avertit qu’elle comporte
quelques défauts et prie le l’auditeur de les excuser, compte
tenu de sa rareté. Mis à part des effets sonores moins
présents que dans la VO, je n’ai pourtant rien remarqué de
particulier. La voix française qui double Vincent Price est
bien adaptée au personnage même si la diction et la sonorité
de la voix originale de Price demeurent toutes deux
inimitables, à écouter en priorité. Le cinéphile fantastique
la reconnaîtra : ce sera cette même voix française qui,
quelques années plus tard, doublera non moins bien le
personnage du vieux juge dans Flagellations
(House of Whipcords, GB 1975) de Pete Walker. Cette
précision adressée en guise de clin d’oeil cinéphilique à
Pascal Françaix qui, comme moi, aime autant ce titre de Walker
de 1975 que le titre de Fuest de 1971.

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